L’Illustré, 18.04.2016

Régis cache derrière des lunettes noires l’émotion de sa toute première interview. Sinon, le chanteur Genevois, dandy tendance Alan Vega, un brin crooner plus fringant que le père Dutronc, nous la chante plutôt cool sur un premier disque dont il a écrit en français les dix chansons. «Je parle de mes chagrins d’amour, je parle d’errance et des choses qui s’enfuient…»
A 31 ans, le Genevois a eu le temps d’une formation de comédien à l’Ecole Serge Martin, et a réalisé que le théâtre n’était pas vraiment son truc. «Je n’aime pas trop être dirigé! De ce point de vue là, le comédien a souvent un rôle ingrat. Et puis je n’arrivais pas à trouver des spectacles que mes potes avaient envie de venir voir.»
Pendant dix ans, Régis a vécu dans une roulotte et, dans les squats, à partir de la légendaire Cave 12, goûté à tous les plaisirs de l’underground d’ici. Dans ces conditions, il a joué le MC et produit un disque de ses mix. Comme il se sentait un peu seul derrière ses machines, l’aventure a tourné court. Régis avoue d’ailleurs ne pas se considérer (encore) comme un musicien. Derrière les musiques de ses chansons se tient, à gauche sur la photo, Robin Girod, créateur de Mama Rosin, de Duck Duck Grey Duck, animateur du label Cheptel, treize disques, treize groupes produits en moins d’une année. «J’ai connu Régis au collège. C’était un peu mon petit frère. Les années qui passent ont réduit la différence d’âge. L’année dernière, je lui ai mis à disposition quelques centaines de boucles de guitare…» Sur l’île de Tenerife, où l’apprenti chanteur s’était réfugié, l’ambiance fut littéralement volcanique. «Il est rentré avec dix chansons, je suis tombé sur les fesses.» «Je crois que j’avais besoin de poser des choses», avoue Régis en racontant comment il s’est rapidement pris au jeu de l’écriture, vécue, poétique. Et en français, s’il vous plaît, «parce qu’en anglais les francophones n’arrivent pas à cette pertinence, à cette efficacité que peuvent avoir les grands bluesmen».
En trois jours, l’enregistrement fut mené avec le même enthousiasme, avec Nelson Schaer à la batterie et Léonard Gremaud au violon, notamment. Si Régis devait contenir ses influences musicales dans un triangle, il y aurait, aux trois sommets, Motörhead, Nirvana et Joy Division (R.I.P. Lemmy Kilmister, Kurt Cobain et Ian Curtis). Les musiques de ses chansons ne sont pas toutes aussi tristes. Entre souvenirs new wave et expérimentations nouvelle vague, les musiciens ont cherché par mots-clés: «On se disait «reggae froid», on pensait à Grace Jones et on y allait.» Et l’ancien DJ de partager, pour conclure, sa plus belle découverte. «Quand j’ai des frissons, quand je suis perturbé, c’est qu’il y a un humain derrière. C’était déjà le cas lorsque j’allais à l’opéra avec ma maman. Une approche humaine de la musique, c’est mon moteur.»

Jean-Blaise Besençon