Youngswiss.ch, 30.05.2016

YS: Vu la maîtrise qui traverse cet album, j’imagine que ce projet n’est pas ton premier méfait musical, dans quelle type de scène as-tu trainé avant ça?
R: Principalement la scène rock et punk même si j’ai collaboré dans la scène électro en qualité de MC. Je suis d’ailleurs sur le point de sortir en format cassette un vieux projet qui trainait dans mes archives.
YS: Tu t’es entouré de routiniers (Robin Girod, Nelson Schaer, Yvan Bing) qui ont déjà pas mal de vécu dans la musique ; comment est-ce que ça a influencé l’album ? Est-ce que tu as eu de la facilité à laisser d’autres personnes poser leur pate ou tout était fixé, immuable ?
R: Je suis assez perfectionniste. J’ai pris beaucoup de temps avant sortir cet album. On a d’abord travaillé par correspondance avec Robin qui m’envoyait des boucles de guitares sur lesquelles je bossais, puis on s’est offert quelques sessions de répétition avec tous les musiciens avant d’entrer en studio. Ce sont tous des supers musiciens avec une monstrueuse capacité d’adaptation ; ayant déjà collaboré avec eux par le passé, tout s’est déroulé le plus naturellement du monde. J’ai quand même souhaité garder un peu le contrôle de certains aspects, notamment au niveau du son. Comme j’ai passablement appris les bases du mixage en autodidacte dans un home studio, je possédais quelques notions qui m’ont permis d’intervenir au niveau du mix, des sons de batterie et de passer du temps avec Yvan Bing au Kitchen Studio dans lequel on a enregistré cet album, chose qui se fait rarement.
YS: Tu joues une musique qui attire passablement le Name dropping. On doit régulièrement te lacher du Bashung, Gainsbourg, Alan Vega. Comment est-ce que tu perçois ce rapprochement forcé avec d’autres artistes ? Est-ce que tu les écoutes toi-même ?
R: Oui, oui. Ce sont des artistes que j’ai écouté mais je m’en détache quand même passablement avec ce côté punk, cette facette rock plus « sombre ». Quoi qu’il en soit, je prends plutôt ça comme un compliment. Il est de toute façon difficile de sortir de ce genre d’affiliation, surtout lorsqu’aussi peu de groupes chantent en français. On va dire que tu sonnes comme Neil Young ou Elvis si tu fais du rock…
YS: Est-ce que tu dirais qu’il y a une attente en suisse romande pour ce type de musique de la part des plus jeunes générations ? De la chanson française aux préoccupations moins « cinquantenaire » ? A titre personnel, je ne l’attendais pas spécialement mais suis devenu enthousiasme à la première écoute. Il me semble que tu as su redonner de la pertinence à la chanson française sans aller dans le racoleur comme pourrais le faire un Fauve.
R: Il y a de toute manière une appréhension lorsqu’on présente un truc en français. J’étais très sûr de moi quant à ce projet mais ai été tout de même surpris en bien par l’accueil de l’album. Le public est assez varié, on y trouve pas mal de jeunes assez branchés ou « arty », des types qui trippent là-dessus sans forcément écouter Laruekétanou ou de la musique française à l’accordéon. Il y a des plus jeunes intéressés par ça. De toute part, il y a des mecs qui seront des « artys », des branchés qui trippent là-dessus sans forcément écouter La Rue Kétanou ou de la musique française à l’accordéon. J’ai également beaucoup travaillé sur l’aspect visuel du projet, notamment avec Virginie Morillo qui a produit le clip. Je pense que ça ajoute de l’intérêt à Régis.
YS: Est-ce que la scène genevoise et toute l’activité autour de Cheptel Records – qui semble chouchouter ce genre de projets dernièrement (Le Roi Angus, Prosper) – t’as aidé à faire le choix des textes en français ?
R: Il est certain que ces projets m’ont influencés dans l’écriture de l’album, en particulier Prosper. Cette manière « littéraire » d’écrire m’a beaucoup parlé. Je m’apprête aussi à participer à d’autres projets variés comme ChâteauGhetto ; on forme au final une petite famille assez soudée qui multiplie les collaborations et ça inspire forcément.

Youngswiss.ch, 30.05.16