Indiepoprock.fr, 06.06.2016

Gainsbourg, Miossec, de telles références font souvent craindre, à juste titre, les écueils classiques de la dite « nouvelle scène ». Et pourtant, il paraît bien compliqué de ne pas au moins évoquer le grand Serge à l’écoute de Régis…
Régis s’appuie sur un environnement musical à tendance cold wave. Navigant sur un non-rythme savamment orchestré, les ambiances sont froides et distantes. Passé cette dominante, on perçoit d’autres influences, comme le reggaeisant Pas l’Esprit Clair. Là, on pense à Bernard Lavilliers. Il faut dire que la voix, très grave et profonde, y participe grandement et offre un écrin puissant et élégant aux textes. On pourrait évoquer également le très Velvet Underground Les Fleurs De Rue. Comme c’est le cas pour la composition musicale, les thèmes abordés semblent de plus en plus flous à mesure qu’on s’y attache. Il s’agit même d’une marque de fabrique de l’opus, il y a un réel caractère insaisissable à l’atmosphère générale. Un élément aussi impalpable à ce point maîtrisé impressionne pour un premier album.
Mais malgré la qualité de la composition musicale et la production au diapason, «Régis» nous a clairement subjugué par la qualité ébouriffante de l’écriture. Cette même qualité qui nous a fait citer Gainsbourg en amont de cet article. Il y a dans l’écriture de Régis la qualité très musicale des textes de l’icône parisienne. De fait, il n’est pas si fréquent de rencontrer un artiste francophone avec cette démarche, celle où le français non seulement ne hache pas la fluidité des morceaux, mais en constitue presque l’argument principal. Quel meilleur exemple que le superbe Une Vaguequi atteint une forme de symbiose parfaite de tous les éléments, que par habitude, nous avons tendance à scinder.
«Régis» est donc le fruit d’un travail de très grande qualité sur les textes, s’appuyant sur une interprétation tirée à quatre épingles. Il fait partie de ces albums dont la complexité n’est absolument pas un étendard bien qu’indéniable, un véritable excellent album pop aussi beau que humble. Félicitations à Régis et ses acolytes pour cette magnifique réussite.
S’il ne devait en rester qu’un titre : Une Vague.

Willou