LA GRUYERE 19.01.2017

En 2016, le Genevois Régis a sorti l’un des disques les plus remarqués de l’année. Décidé à monter sur scène, il donne un concert au Nouveau Monde ce samedi, lors d’une soirée articulée autour du label Cheptel Records.

par Christophe Dutoit

Qui est donc ce Régis, auteur d’un des disques les plus intéressants de l’année 2016 (lire ici la critique)? De l’homme, on ne sait pas grand-chose, hormis qu’il avoue à demi-mot un passé punk dont il lui reste «l’envie de détruire le monde tel qu’il est. L’esprit, pas la forme. C’est le plus important.»

En résidence à Paris pour préparer de nouveaux titres, le Genevois a le temps compté. Mais il a accepté de répondre à quelques questions par retour de courriel. Le style est sec et déroutant, sans pathos ni épanchements. «J’ai fait ce disque pour rire et dissiper les nuages qui envahissent la tête. Rire à l’infini de mes propres rires.»
«Tout est dans mes chansons. J’aime bien cette idée que, lorsqu’on regarde quelqu’un, on n’en voit toujours que la moitié.»

Régis (Julien Reginato pour les intimes) serait-il de la classe des timides ou des introvertis? Ou plus simplement de ces gens qui aiment à se cacher derrière les mots et les aphorismes, du genre plutôt définitifs. «Tout est dans mes chansons. J’aime bien cette idée que, lorsqu’on regarde quelqu’un, on n’en voit toujours que la moitié.»

A fleur de peau
Ses chansons justement, parlons-en. Sans caricaturer, on pourrait tracer autour d’elles un triangle équilatéral. A ses sommets (sans aucune prétention): Gainsbourg pour le groove très années 1980, Lavilliers pour le parler/chanter et les réminiscences reggae (lui parle davantage de Grace Jones) et Daniel Darc, pour la noirceur sublimée et la tension à fleur de peau. Chez Régis, les chansons parlent de bobos à l’âme, d’errances urbaines, de solitude: «Marche avec moi / On fera une paire de solitaires / Comme ça.» Comme ses alter ego de Cheptel Records (lire ci-dessous), Régis ose le français, avec une réelle ambition de faire sonner cette langue. «Je me marre sans réelles ambitions, sinon celle de faire du bien. La langue ça m’excite, alors je la tire.»

Côté musique, l’écriture de cet album fut une aventure elle aussi en solitaire à deux. Après avoir reçu une centaine de boucles de guitares enregistrées par Robin Girod, Régis a joué les ermites dans les Canaries. Seul avec son ordinateur, entre le soleil et le sable chaud, l’ancien DJ a composé ses chansons en mode copier/coller. «J’ai écouté les esquisses de Robin, il m’en est resté une ou deux dans la tête. Je les ai gardées et j’ai commencé à écrire. Et j’ai rappelé Robin pour qu’il m’en envoie deux cents autres…»

Encensé par la critique
Une fois les démos prêtes, Régis et ses musiciens ont appris à les jouer, lui à les chanter au mieux, avant de les enregistrer en studio. «Ma route est comme un désert / J’égrène le sable entre mes doigts / Guette le soleil entre les toits / Qui soulève la poussière en couloirs de lumière.»

Encensé par la critique romande, ce premier album a propulsé Régis sous les feux de la rampe. Samedi soir, l’homme de 31 ans montera sur la scène du Nouveau Monde, à Fribourg. En parallèle, il prépare surtout de nouvelles chansons: des collaborations avec Le Roi Angus et ChâteauGhetto, mais aussi des titres bien à lui.

Cheptel Records, fois trois

Patron du label Cheptel Records, le Genevois Robin Girod est décidément hyperactif. En octobre, il a sorti C’était le soleil, premier album de son nouveau trio Temps des Nuits (avec Prosper Thon et Léonard Gremaud), enregistré à San Francisco l’hiver passé. Le groupe se produira samedi au Nouveau Monde, en ouverture de Régis (avec Robin Girod à la guitare).

Ces onze titres de pop décomplexée, en français dans le texte, fleurent délicieusement le goût du vintage et flirtent parfois avec le kitsch assumé, genre bande-son de La croisière s’amuse. Malgré certains titres un peu too much, Temps des Nuits revigore la chanson suisse en français, à l’instar de ses compères de l’écurie Cheptel (Le Roi Angus et Adieu Gary Cooper en tête de liste). A l’image de la chanson Les yeux des chats, ritournelle imparable, qui vient d’accéder au titre prestigieux de Repérages Couleurs 3. Pas mal pour une entrée en scène.

En première partie, la Genevoise aux origines libanaises Melissa Kassab ouvrira les feux avec sa folk héritée de Townes Van Zandt ou de Jonathan Richman. Son premier album devrait sortir dans le courant de l’année, sur le label… (n’avez-vous pas deviné?).

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