Le Matin – Montreux Jazz, 11.07.17

Régis, c’est la révélation la plus en vue de la scène romande. «Le Matin» l’a emmené au chalet de Claude Nobs avant son concert de ce soir au club gratuit Lisztomania.

Cheveux gominés et lunettes de soleil sur le nez, Régis plaisante: «C’est un peu comme chez moi, ici!» Lundi, on a emmené au chalet de Claude Nobs celui qu’on présente comme le fer de lance de la relève musicale romande, depuis qu’il a sorti en 2016 un album éponyme entre cold wave élégante et reggae 80s, où sa voix grave et posée fait des merveilles.

C’était la journée des premières fois pour le Genevois: il n’était jamais allé à Caux ni même à Montreux, où le concert de La Femme l’attendait le soir. Coup de bol pour lui, une partie du groupe fait une jam au sous-sol autour du piano de Freddie Mercury. Son amie, Virginie, prend des photos. Régis, lui, semble à la fois impressionné et gêné de se retrouver dans un tel univers, en total décalage avec les caves qu’il aime fréquenter.

Comme lors de ce concert au Cabinet, à Genève, deux jours auparavant: «Il y avait 50 personnes, on était en sueur.» Réservé et observateur, c’est devant un verre d’absinthe qu’il s’est petit à petit mis à table.

Vous avez eu plusieurs vies avant d’être cette révélation qui éclôt à 31 ans. À commencer par l’adolescence chez les punks. Racontez-nous.

J’avais besoin de liberté de mouvement et d’habiter en communautés. J’ai habité longtemps dans des roulottes au Lignon. Il y avait toujours de la musique autour de moi, je montais des groupes dans lesquels je n’étais pas très à l’aise. On faisait deux, trois concerts puis ça se cassait la gueule. Ça manquait de sincérité de chanter en anglais.

Vous avez aussi fait du théâtre.

Oui, je voulais être comédien. À 20 ans, j’ai fait l’école de théâtre Serge Martin, à Genève, qui est de gauche, avec une démarche d’autogestion, ça me plaisait bien. J’ai bossé sur des pièces, mais je n’arrivais pas très bien à me vendre. Serrer des mains, le côté politique, ce n’est pas pour moi. Dans la musique, c’est pareil. Maintenant je suis un peu plus vieux, mais j’ai toujours de la peine avec ça.

À 26 ans, vous montez à Paris. Avec quelle idée en tête?

Je voulais monter un projet electronica. J’ai fait une cassette. Mais, après quelques concerts, je ne la sentais pas. Je ne suis pas très bon musicien et jouer tout seul sur scène avec un ordi ça manquait de vie. J’ai aussi fait une tournée dans les Balkans avec Virginie, où je faisais le MC sur de la rave qu’elle passait.

Et c’est la rencontre de Robin Girod de Cheptel Records qui a changé ton existence?

C’est très exagéré. À la base, le projet Régis, c’était juste avec lui. Mais je le connais depuis quinze ans, j’étais ami avec sa sœur. Quand il était encore avec le groupe Mama Rosin je faisais le roadie en tournée, je jouais des chansons avec eux pour rigoler.

Et il vous a conseillé d’aller écrire seul en Grèce…

Oui, je suis parti à Athènes avec des boucles de guitares qu’il m’avait faites. C’était thérapeutique de se retrouver seul. Ensuite, on a enregistré le disque en quatre jours, sans répéter. Mais j’aurais moins besoin d’être seul et de m’extérioriser pour la suite. Là, je compose de nouvelles choses plus électroniques, avec des synthétiseurs plutôt que des guitares. C’est davantage les musiciens et moi: Martin Conod et Augustin von Arx, qui sont respectivement chanteur et batteur du Roi Angus.

L’accueil très positif de votre premier album vous a surpris?

Complètement. J’ai été très soutenu par les radios. Mais, hors de Suisse, je suis un inconnu. Peut-être que ça changera après avoir joué à Montreux.

Justement vous enchaînez Montreux puis Paléo le même été, un rêve qui se réalise?

C’est super. Mais ça reste romand. C’est mon côté mégalo, mais j’aimerais bien avoir des retours de France.

Ce rôle de fer de lance de la relève romande, tel qu’on vous présente parfois, vous l’assumez?

Oui! Mais je me réjouis de sortir du côté ballade et intime de mon album pour aller vers quelque chose de plus dansant. (Le Matin)