Régis, une voix d’outre-nuit pour remettre le sexe au milieu du rock 15.07.17

Séduire les foules? Faire des refrains jolis? Porter beau sous les lumières? Pis, même, se prétendre chanteur? Régis s’en fout. Ce qu’il veut, lui, c’est remettre le sexe au milieu du rock. Ou l’inverse, ce qui revient au même.

Régis (sur la photo, debout en baskets blanches), né Julien Reginato, raison de ce surnom «un peu naze» qu’on lui a collé jadis, est un animal nocturne obsédé par les activités de ses contemporains, un zèbre urbain portant fêlures et fantasmes. Ces derniers, surtout, nourrissent un chansonnier acéré, une écriture prenant racine – les contraires s’assemblent – dans les petits détails terribles et véridiques qui font du voisin de bar un personnage essentiel, parce que réel. Tel Nick Zed, ce «vieux vampire» amoureux de la poétesse Lydia Lunch, rencontré dans un club mexicain.

Vu de la scène genevoise, Régis figure un électron libre, trop heureux d’échapper à nos tentatives de catalogage. A-t-il bouffé du Gainsbourg, reluqué de trop près les délétères atours de Bashung? Variété grognante ou chanson rock, Régis, c’est son talent, peut faire tout cela avec trois bouts de ficelle.

«J’ai fait des groupes de punk. J’ai fait de la musique électronique tout seul dans ma chambre. Aujourd’hui, je compose toujours seul, c’est plus simple.» Un temps à Paris, un autre sur les routes pour porter les amplis de l’un ou l’autre groupe du guitariste Robin Girod, ex-Mama Rosin. Ce dernier l’a invité sur le label genevois Cheptel, pépinière de rockers qui fournit le «backing band» de Régis.

Est-il rock, Régis? «Dansant, même. Mon premier disque était plus introspectif, plus sombre. Le prochain, non. Je veux préserver une finesse de langage, tout en faisant danser. Pas simple, c’est vrai. Mais j’ai constaté une chose: l’esprit rock’n’roll, cette pulsion liée à la sexualité, n’existe plus tant sur les scènes annoncées comme telles que dans les clubs technos. Et ça déglingue bien, aujourd’hui… Ces clubs, je les ai fréquentés, leurs scènes aussi, et c’est vers cela que je veux aller.»

Régis, dans sa quête d’absolu libidinal, peut compter sur une personnalité en particulier: Virginie Morillo, performeuse et plasticienne. «Mon amoureuse m’a donné le goût de la narration.» Régis se lève, clope au bec, main droite levée pour un salut nonchalant. Un ouvrage de Beckett sous le bras, Le dépeupleur. «Si la vie est dans le détail, elle est aussi dans l’absurde.» F.G.